Le suaire de Turing

  • Installations
  • 05 Mar 2017
  • Festival Siana – Domaine départemental de Chamarande
Installation numérique, 2017
Projection vidéo, écran Phosphorfoil, ordinateur et logiciel dédié
Création pour l'exposition « Le Suaire de Turing » dans le cadre du festival Siana

Plasticien et designer numérique, Tomek Jarolim travaille la matière-lumière aussi bien dans sa dimension anthropologique que scientifique. Ses installations d’Op-art numérique explorent tant la limite des machines que ceux de la perception humaine. Ses créations sont un va-et-vient entre les éléments fondamentaux de la lumière et les datas. Ces deux matériaux – lumière et datas – nous affectent profondément dans notre quotidien, déterminant physiologiquement et psychiquement notre perception et notre ressenti du monde.

Comme d’autres artistes de l’Op-art avant lui, il s’est frotté aux frontières de l’infini et de la transcendance, tant mathématique qu’astrophysique. En faisant converger son appréciation de la lumière électronique et numérique (luminescence des écrans, vidéo projetée, LED), il a développé depuis quelques années une série d’œuvres spectrales questionnant à la fois le champ du visible et de l’impression « invisible » que les rayonnements lumineux insufflent en nous. Pour Le suaire de Turing, les commissaires lui ont commandé une œuvre éponyme qui illustre à la fois le propos de l’exposition et sa recherche artistique.

L’installation se dévoile dans une pièce sombre aux murs couverts de boiseries. Au bout la pièce, sur une surface de trois mètres de haut scintille un portrait luminescent composé de pixels blanc-vert vacillants et changeants. La figure – l’icône ? – qui apparaît dans cette phosphorescence blafarde est celle du mathématicien Alan Turing dont l’héritage scientifique et culturel a bouleversé les imaginaires du vingtième siècle. Un homme qui a propulsé malgré lui tout un champ des sciences vers de nouvelles mystiques et ouvert la voie à d’étranges religions techno-scientistes et fonctionnalistes.

Prophète sans le savoir, il a légué un testament involontaire dont les résidus apocryphes nous enveloppent de leurs suaire tissé de Big data et d’intelligences artificielles à la perspective démiurgique.

Nicolas Rosette